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L'ARGENTINE PAR MICHEL ROLLAND


4/ L'AUTRE AVENTURE...

"LE" PROJET...


"Ce n'est pas un travail vite fait que d'aimer" (Marie Noël - Chant de la merci)

Entre temps, et à chaque voyage, nous avions parcouru d’autres régions d’Argentine : du tropique à la Patagonie, avec, au milieu, le long de la Cordillère des Andes, la plus grande aire viticole : Mendoza. Autre paysage, autre latitude, autre expression des cépages en général, du malbec en particulier. Je consultai les Bodegas Trapiche, puis Norton, Fabre Montmayou, Salentein...

Plus je passais de temps dans ce pays, plus j’avais envie de le comprendre, d’y être un acteur, d’y vivre. Dany également.

On pouvait dire de l’Argentine : « Les paysages étaient comme un archet qui jouait sur mon (notre) âme » (Stendhal – Vie d’Henry Brulard).

Je parlais avec tellement de passion de la qualité de vie et du potentiel des vins que certains y vinrent et s’y installèrent. En particulier, un très bon ami, Jean-Michel Arcaute, s’y implanta avec ferveur.

Aussi, tellement emballés par les sols caillouteux, peu fertiles et le climat continental, semi-désertique de ces hauts plateaux de la Vallée de Uco, sud de Mendoza, nous eûmes l’envie d’établir là, un vrai projet viticole ; découvrir un lieu qui prenne le nom de terroir, planter notre propre vignoble, créer de A à Z, avec tout ce que j’avais appris de cette terre, des vins qu’elle produisait, des ressources et du potentiel que nous devinions...

Ainsi, nous jetâmes notre dévolu sur les terres de Vista-Florès, mais pas un projet moyen d’une centaine d’hectares comme imaginé à l’origine, non, Jean-Michel avait découvert 800 hectares et me les fit arpenter... On y alla franchement, avec emballement et sûrement une inconscience toute juvénile.

On découpa le terrain en sept parcelles - donc sept investisseurs à trouver. Et ce fut fait. Un projet unique et beaucoup plus ambitieux que mon idée de départ, mais à l’échelle de notre enthousiasme, et Jean Michel, comme moi, n’en manquions pas !

Ainsi naquit, en 1999, le Campo du Clos de los Siete - à planter, à structurer - une nouvelle vie à donner à ces terres arides aux cailloux millénaires de la pré-Cordillère, sous l’œil protecteur et le profil majestueux des sommets à plus de 6 000 mètres d’altitude comme le Cordon del Plata ou le Tupungato, et sur les immenses nappes phréatiques d’eau également millénaire et d’une excellente minéralité, qui permettra l’irrigation.

"Le travail bouillonne" (Fervet Opus) a dit Virgile, parlant de l'activité fiévreuse d'une ruche... C'était le cas.

Malheureusement, Jean Michel mourut accidentellement en 2001, avant que ne fut produit le premier vin du Clos de los Siete : le millésime 2002.

Pratiquement dans le même temps et à quelques pas de là, nous acquerrions le petit vignoble de Val de Flores : ces 10 hectares de vieux malbecs, je les connaissais bien. En effet, la Bodega Trapiche achetait les raisins, chaque année, pour faire la cuvée que je co-signais avec Angel Mendoza : "Iscay". Donc, ce fut une aubaine à saisir lorsque je sus que la propriété était à vendre.

Evidemment, depuis, elle a changé de look : vieux oliviers replantés, rosiers, réserve d’eau naturellement paysagée agrémentent ce « jardin », cultivé comme tel, où la notion d’écosystème prend tout son sens.

Les premiers millésimes de Val de Flores seront vinifiés, tout comme Clos de los Siete, dans l'unique bodega du Campo : celle de Catherine Péré-Vergé qui fut la pionnière et la première à croire au projet de ces deux fous d’amis que nous étions, Jean Michel et moi.

Puis, au fil du temps, chacun des associés construisit sa cave, et nous-mêmes, les derniers, verrons l’aboutissement de dix ans d’expérience sur ce terroir en finalisant (ou presque !) la Bodega Rolland, pour y vinifier le millésime 2010. A ce jour donc, cinq caves-champignons émergent de cette immensité de vignes, dont la surface équivaut à celle de l’appellation Pomerol... mais contrairement aux mauvaises pensées de certains, je ne fais pas de Pomerol en Argentine !!

Chacun a planté les cépages qu’il jugeait intéressants, à condition de respecter le pourcentage de malbec : 50% minimum – car c’est tout de même lui le cépage roi, ici-bas, ou... ici-haut (1.100 mètres d'altitude !).

Parallèlement à la production du vin du groupe, chacun fait aussi, sous son propre nom, les cuvées de son estate : pour nous, c’est « Mariflor » - la parcelle la plus haute du Campo, regardant la Cordillère.

Ce pays m’a appelé, nous a accueillis, m’a respecté, écouté, sensibilisé, et, du Nord au Sud, de Cafayate à Neuquen, le long de cette fantastique colonne vertébrale qu’est La Cordillère des Andes, m’a fait découvrir les véritables expressions du malbec et de bien d’autres cépages, dans la diversité, l’originalité que chaque région apporte grâce à ses spécificités de sols, de climat, d’altitude, de latitude.

Il y eut tout plein d’autres moments forts, en Argentine, au cours de ces 23 dernières années :

- en 2000, la création du laboratoire de Mendoza (à Lujan de Cuyo) en association avec Pascal Chatonnet et Gabriela Celeste,

- la rédaction d’un livre "Les Vins et les Bodegas d’Argentine", avec Enrique Chrabolowski : 1ère édition en 2003, 2ème en 2006 et 3ème édition en 2008, pour lesquelles je fis d’exceptionnelles dégustations révélant de spectaculaires évolutions vers la qualité et une réelle identité des produits que ce pays peut générer.

- l’attrait grandissant et la vie pétulante de Buenos Aires : une ville haute en couleurs, rythmes, cultures...

- et aussi, la découverte d’autres paysages ou spectacles naturels grandioses, comme le Lago Argentino et le glacier Perito Moreno en Patagonie ou les chutes d’Iguaçu, les neiges et forêts de Bariloche, les splendides paysages d'altitude : lacs et déserts, les plaines d’Entre Rios où foisonnent les canards...

- enfin le cheval, le polo, le tango, l'art, la gastronomie, la viande...

C’est aussi une exceptionnelle expérience humaine, partagée avec Dany et plus tard les enfants, une fabuleuse tranche de vie avec des gens que nous aimons : les amis du pays, les collaborateurs, les associés... assurément une deuxième patrie !

 

« Patria est ubicumque est bene » (Partout où on l’on est bien, là est la patrie) Cicéron.

 

MICHEL ROLLAND

Légendes - photo du haut : Bodega Rolland. Photo de droite de haut en bas / Jean-Michel Arcaute ( à droite) / Le Campo du Clos de los Siete /  Michel Rolland et Enrique Chrabolowski / La Bocca, Buenos AIres / La Bocca, Buenos AIres / La Famille Rolland.