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L'ARGENTINE PAR MICHEL ROLLAND


1/ "LA" RENCONTRE…


Au début des années 80, nous avions fait notre premier voyage en Amérique du Sud - au Brésil en 1982, pour le plaisir - mais cette décennie devait sonner l’évolution de ma carrière.

En effet, en 1986, je fus contacté par une winemaker américaine, Zelma Long de Simi Winery, pour l’aider à mieux comprendre et travailler leurs raisins et vignobles de Napa Valley. J’y courus. Donc, je voyais se dessiner un avenir nouveau et une autre expression à mon activité.

Alors, lorsqu’un jour de novembre 1987, je reçus un appel téléphonique en provenance d’Espagne, d’un argentin propriétaire qui ne parlait pas plus français que moi castillan, et qui me demandait, par opératrice interposée, de venir l’assister… la réflexion fut courte.

Nous habitions encore au-dessus du laboratoire, Cours des Girondins à Libourne, et je me revois traduisant à Dany les raisons de mon étonnement et de mes onomatopées téléphoniques... et de reprendre en cœur : « Un argentin qui fait du vin ? Pourquoi pas ? Si ce n’est pas sérieux, ce sera au moins un beau voyage au pays du tango ».

A l’époque, pas d’email, ce fut donc par fax que le minimum nous parvint. Départ fin février 1988 - c’était l’été là-bas ! 

On prit l’avion pour Buenos Aires, une réservation était faite à l’Hotel Lancaster, et un message nous attendait : "8 h dans le lobby".

C’est ainsi que, quelques heures après notre arrivée, nous fûmes accueillis par un charmant trio de gentlemen, cravatés et apprêtés dans d’élégants costumes (paquetes, comme ils disent) : Arnaldo, Sergio et Moro, les trois frères Etchart.

Le dîner était prévu au Jockey Club de Buenos Aires : belle institution, grand standing.

Sergio parlait un anglais proche du nôtre, mais, mis à part ce peu de dialogue spontané, le reste de la communication fut aléatoire. Heureusement, un ami d’Arnaldo parlait bien français et joua les interprètes, en plus d’un journaliste, Miguel Brasco qui avait, outre quelques notions de la langue de Molière, une grande culture gastronomique.

Dany dut proposer de rafraîchir les vins, tant ils étaient tièdes, quand ils nous demandèrent notre avis sur leur présentation : une révolution en salle, comme en arrière-salle ! Ces français étaient-ils fous ?... Mais, à force de regards complices, en se demandant s’il faut dire qu’il y a un léger goût de bouchon à son hôte si emballé par sa découverte, ou si le vin est trop chaud…, nous pensons, tous deux, qu’il vaut mieux émettre élégamment certaines réserves : au fond n’est-ce pas ce que l’on attend de nous ?

Ce fut une première soirée porteña, inoubliable, et on nous annonça la suite du programme : avion le lendemain pour le nord-ouest, Salta, où nous attendraient Kuky et son époux ; elle est la sœur aînée des frères Etchart.

SUITE PARTIE 2