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L'ARGENTINE PAR MICHEL ROLLAND


3/ D’ÉMOTIONS EN DÉCOUVERTES...


Il en fut de même sur la route de Cafayate, avec la traversée de Cachi, de Molinos, et de ces rios descendant de la montagne où on devait attendre l’écoulement des eaux pour passer le gué...

Nous avions changé de guide à Salta : c’était maintenant Arnaldo fils qui nous pilotait, un beau jeune-homme très fier de la région où son grand-père Etchart, béarnais, avait émigré au début du siècle.

Nous étions dans les Vallées Calchaquies traversant des québradas aux noms qui font rêver... de la lune.., aux montagnes à la roche sculptée par l’érosion en châteaux de pierre et de sable, en colonnes torturées, et des énormes cactus chandeliers ressemblant à une armée de soldats montant la garde partout jusqu'au sommet des crêtes (il paraît qu’ils impressionnèrent les conquistadors espagnols !!), surplombant des rios parfois verdoyants alentour, parfois arides et secs, et des terres "coloradas" couvertes de buissons d'épineux rustiques, avec quelques maisons de torchis rouge ou ocre ici ou là, et des villages avec des airs de Far Ouest alangui...

Enfin apparut Cafayate - jolie petite cité aux pieds de la pré-Cordillère, à 1 700 m d’altitude - des vieux tonneaux bordant la route pour indiquer les bodegas, et enfin... des vignes... en pergola !

Puis, aussitôt après un étroit petit pont traversant le rio presque à sec, La Florida. C’était la maison familiale, jouxtant la Bodega Etchart, où nous fûmes accueillis par Arnaldo et Eve, Sergio et Sofia et tous leurs enfants : une véritable tribu joyeuse, en vacances en cet été de mars 1988. Et des amis, toujours plein d’amis...

Comment ne pas succomber au charme de cette famille et de sa culture, avec les excellents empanadas de Mina, la merveilleuse cuisinière, qu’on nous proposait fumants, avec un verre de vin blanc, au nez presque alsacien mais exotique... nous venions de découvrir également le torrontés !!

Tout de même, nous étions vraiment fort loin de notre clocher, et de nos filles!!

Nous avions du mal à communiquer, mais les latins entre eux trouvent des arguments, des regards, de la gestuelle, de l’expression pour traduire toutes les émotions avec autant de nuances que le langage.

Ce ne fut pas exactement le cas quand je rencontrais toute l'équipe de la bodega et du vignoble. Aussi, je me promis d'apprendre rapidement l'espagnol, comme l'anglais, si je voulais poursuivre ma jeune carrière de consultant ; les échanges professionnels, par traducteur interposé, sont fastidieux et il y a tellement à apprendre les uns des autres que communiquer clairement est indispensable.

Ceci dit, c’était moi qui devais comprendre leurs attentes, leurs vins, leurs vignes, leurs sols et climat, mais aussi les hommes eux-mêmes avec leur culture propre.

C’est ainsi que commença notre aventure argentine : une profonde attirance pour les paysages, la viticulture, le goût des choses, une histoire de famille et d’amitié avec les Etchart qui se prolongera au-delà du consulting pour la bodega familiale.

En effet, en 1998, alors que celle-ci fut vendue à Pernod-Ricard, Arnaldo, Hebe et leur fils Marcos migrèrent vers une petite propriété dont nous vinifiions déjà les raisins pour l’excellent corte « Arnaldo B » d’Etchart. C’était à deux pas de Cafayate, par un chemin de pierres difficile : Yacochuya, un petit vignoble sauvage de très vieux malbecs (certains datent de 1915), accroché à la montagne, à 2 030 m d’altitude, avec une vue incroyable sur la vallée, un lieu magique de beauté et une qualité de saveur des fruits exceptionnelle.

Nous décidâmes de nous associer, créant une petite bodega, construite en 1999 où nous élaborerons, la même année, le premier vin « Yacochuya » dont l’étiquette reprend le fameux cactus si pittoresque du paysage environnant.

SUITE PARTIE 4
 
Légendes - photo du haut : Michel Rolland et Arnaldo Etchart en 1995. Photo de droite de haut en bas / Route de Yacochuya / Diner avec la famille Etchart /  Empanadas de Mima à Yacochuya / Michel Rolland dans les vignes en Pergola de Yacochuya.